Le mois béni du Ramadan a un goût très particulier en Egypte. Des semaines avant son arrivée, les ménages s’activent pour s’acquérir de tout. Les marchés du fameux yamiche (les dattes, les fruits secs, les plantes à infusions…etc.), de la décoration ramadanesque et surtout des lanternes font leurs choux gras même des semaines à l’avance. Tout le monde a l’air gai en s’adonnant à fond à ces achats et préparatifs précédant le neuvième mois de l’année de l’hégire. Si dans les rues de nombreux signes se font déjà montrer, dans les maisons aussi, les familles s’apprêtent à accueillir le Ramadan, avec tout en ordre.
Déjà sur les ponts, sont majestueusement accrochées sur les poteaux d’innombrables affiches d’une bonne quantité de nouveaux feuilletons qui se font impatiemment attendre de Ramadan en Ramadan, annonçant la venue imminente du mois de jeûne. Etonnant que ce soit une tradition très liée à un mois censé être de spiritualité et de recueillement. Pourtant, les Egyptiens n’éprouvent pas de mal à ménager la chèvre et le chou. Ils se disent même très souvent de manière joviale « une heure pour Dieu, une heure pour soi ». Ce sont en fait des paroles inspirées d’un hadith du Prophète Mohamed, Paix et Salut sur lui.
Les grosses tentes consacrées à la vente des lanternes sont faciles à repérer à des semaines avant le Ramadan. Ces objets fétiches du mois sacré font la joie tant des grands que des petits. De tailles variées et aux couleurs arc-en-ciel, les lanternes ramadanesques décorent les rues et les vitrines, et se font vendre également au feu tricolore par des marchands ambulants. En plastique, en bois, en tissu, elles abondent sur les trottoirs en face des boutiques qui sont à l’envi pour exposer leurs plus belles décorations. Les ornements sont variés. Il y en a de tout, convoquant l’âme et l’esprit de ce mois auxquels tiennent fermement les Egyptiens. Dans les boutiques, on trouve des cordes électriques lumineuses ornées de petits croissants et d’étoiles, symboles de la tradition musulmane. Des figurines de canon en bois ou en cuivre séduisent à coup sûr les acheteuses qui cherchent chaque année les nouveautés sur le marché pour en embellir leurs maisons.
Même si le mois de Ramadan est le mois de jeûne, l’achat de nourriture monte en flèche des semaines à l’avance. Les supermarchés et les épiciers sont noirs de monde ! De longues queues de caddies se forment devant les caisses, remplis de tas d’aliments surgelés, prêts à confectionner, des produits de base en abondance, histoire de s’assurer que son frigo ne manquerait de rien pendant les prochains jours, ironiquement dits de jeûne ! C’est qu’aussi le Ramadan rime avec le partage, les festins, la convivialité ! Au premier jour, autour d’une table délicieusement garnie de tous les délices dont vous pouvez rêver, la famille, des proches, des amis, des voisins se rassemblement pour partager le premier iftar du mois, le repas de rupture du jeûne. Normalement, le premier iftar est donné chez le doyen d’âge de la famille. Les festins se font nombreux tout au long du mois béni, tantôt entre amis, tantôt en famille. L’essentiel est l’esprit de partage et de convivialité dominant pendant cette période chaleureuse, tristement absent durant le reste de l’année, faute de temps.
Les embouteillages, vous pouvez l’imaginer, deviennent de plus en plus denses et insupportables à mesure qu’on approche du Ramadan. Normal. Toute l’Egypte est dans la rue à faire ses emplettes ! La tension est palpable, la joie aussi. Les ménages s’affairent à s’approvisionner de tout le nécessaire pour éviter des futures courses lorsqu’on est en jeûne, fatigué, affamé et assoiffé. Il vaut donc mieux prendre du goût à slalomer entre les voitures précédemment plutôt qu’à devoir descendre en période de jeûne, ne serait-ce que pour l’achat d’une bouteille d’huile qui vient juste de vider sa toute dernière goutte dans le grand saladier !
Si l’on ne peine pas de se rendre compte des signes du Ramadan dans les rues et les boutiques, sur les réseaux sociaux, c’est pareil. Les signes avant-coureurs fusent. Des messages de demande de pardon circulent abondamment sur la Toile. A l’approche du mois béni, les Egyptiens s’affolent de l’idée de fâcher leurs familles, proches ou amis. Le Ramadan est pour eux la merveilleuse occasion de tenter de se faire pardonner par les personnes avec qui on s’est embrouillé, mais aussi de pardonner à ceux qui nous ont fait du mal. Bref, c’est la période de l’année où l’on est censé essayer à tout prix de se racheter par de bonnes œuvres. Ce mois sacré se place alors sous le signe du pardon, de la tolérance et de la gentillesse. Une pluie de messages de vœux ne s’interrompra pas jusqu’à l’arrivée du mois de jeûne, et même une semaine après. Des invocations, des prières, des vœux, la spiritualité prend nettement le dessus. Le Ramadan s’annonce ainsi bel et bien sur les réseaux sociaux des internautes égyptiens.
Les traditions du Ramadan les plus insolites au monde
Ce qui rend ce mois sacré magique et unique, c’est son ambiance chaleureuse et conviviale, la spiritualité et le sens du partage qui y règnent, le changement de la routine quotidienne, ses plats alléchants et ses rituels et traditions surprenantes. La richesse et la diversité culturelles des pays musulmans rendent les célébrations et rituels du Ramadan totalement différentes et uniques d’un pays à l’autre. On vous emmène pour un tour d’horizon des traditions du Ramadan les plus insolites du monde musulman.
Ramadan en Thaïlande
Le premier jour du Ramadan, chaque ville/village doit inaugurer une nouvelle mosquée, même si elle est petite et modestement construite. Des fonds sont collectés tout au long de l’année et quelques habitants participent eux-mêmes dans la construction de ces mosquées. Chaque famille thaïlandaise musulmane doit également faire un sacrifice animal (un mouton ou un oiseau). C’est un rituel qui persiste depuis plus de 100 ans en Thaïlande.
Ramadan dans la région de Ternate en Indonésie
Depuis des centaines d’années, les musulmans de la région de Ternate en Indonésie célèbrent une tradition pour accueillir LAYLAT AL QADR appelée ELA-ELA. Cette tradition du Ramadan commence généralement par la prière communautaire suivie par l’allumage de résine, pour parfumer l’air. On allume également des torches en bambou pour illuminer le chemin que les anges vont emprunter pour descendre du ciel en cette nuit sacrée du Ramadan.
Ramadan en Mauritanie
Le mois de Ramadan en Mauritanie est associé à plusieurs traditions héritées de génération en génération. La tradition appelée « CHA’ER RAMADAN » fait partie des traditions du Ramadan des plus populaires. Elle consiste à laisser pousser les cheveux des enfants avant Ramadan, pour les raser le premier jour du mois sacré. Ce rituel continue jusqu’à ce que l’enfant atteigne ses 10 ans.
Ramadan au Pakistan
Durant le Ramadan, les habitants de la ville pakistanaise « Peshawar » s’adonnent à un jeu assez bizarre et amusant : la guerre des œufs bouillis. Les participants utilisent des œufs bouillis colorés pour casser les œufs de leurs concurrents et la compétition peut continuer jusqu’à le SUHOOR. Ce jeu fait aussi le bonheur des vendeurs des œufs durant le mois sacré !